La publicité en ostéopathie : l’exemple du Royaume-Uni

Par Marjolaine Dey pour le blog des OP

Aujourd’hui je souhaite partager avec vous la réglementation très stricte du contenu de la publicité sur l’ostéopathie au Royaume-Uni. Sans rentrer dans les polémiques françaises de Groupon, des devantures criardes ou encore des voitures floquées aux couleurs de l’ostéopathie… Je veux vous parler du contenu de la communication professionnelle chez nos voisins d’outre-Manche.

La législation est très claire : l’ostéopathe a le droit d’afficher ce qu’il fait, uniquement s’il peut prouver ses dires par la science. De nouvelles recommandations officielles ont été publiées le 2 décembre 2016 pour actualiser les anciennes. Elles concernent toutes les communications officielles faites par l’ostéopathe en tant que professionnel. (dépliants, site Internet, page pro Facebook, compte officiel Twitter, …)

Le CAP (Committee of Advertising Practice qui réglemente la publicité audio-visuelle et web en GB) indique ainsi la liste exhaustive des conditions médicales sur lesquelles l’ostéopathe a le droit de communiquer. Si le professionnel prend la liberté de parler d’autre chose, il doit pouvoir se justifier auprès du GOsC (équivalent d’un ordre des ostéopathes, il faut être inscrit à celui-ci pour pouvoir exercer). En cas de contrôle, il sera dans l’obligation de retirer les informations erronées de son site Internet sur décision de l’organisme, sous peine de voir son accréditation ostéopathique retirée et ainsi ne plus avoir le droit d’exercer.

Liste sur le site du CAP (lien ici)

  • Douleur arthritique
  • Problèmes circulatoires
  • Crampe
  • Problèmes de digestion
  • Fibromyalgie
  • Capulite de l’épaule, douleur de l’épaule et du coude dont tennis elbow. (épicondylite latérale)
    Uniquement si découlant des affections musculo-squelettiques associées du dos et du cou, mais pas d’occurrences isolées
  • Maux de tête provenant du cou (cervicogène)
  • Douleurs articulaires
  • Douleurs articulaires incluant douleur de la hanche et du genou provoqué par l’arthrose. (en complémentarité avec les traitements conventionnels de l’arthrose)
  • Maux de dos (généralisés, aiguë et chronique) ne résultant pas d’une blessure ou d’un accident
  • Maux et douleurs généralisées
  • Incapacité à se détendre
  • Lumbago
  • Prévention de la migraine
  • Légères blessures et tensions sportives
  • Spasmes musculaires
  • Névralgie
  • Douleur rhumatismale
  • Sciatique
  • Douleur cervicale mécanique. (par opposition à une douleur cervicale après une blessure, ou un accident, par exemple coup du lapin)

Il est donc admis que l’ostéopathe peut avoir une action sur ces maux, une définition de ses compétences.

Est-il acceptable de communiquer sur le traitement en ostéopathie des bébés, des enfants et des femmes enceintes?

Le site explique que c’est un exercice périlleux de décrire les problématiques spécifiques de ce type de population… Autant marcher sur des œufs avec des bottes de ski.

Voici la traduction. « En tant que professionnels de la santé réglementés, les ostéopathes peuvent se référer au traitement de groupes spécifiques de la population comme les femmes enceintes, les enfants et les bébés. Cependant, à l’heure actuelle, il existe une base d’évidence limitée ou négative pour l’efficacité de l’ostéopathie dans le traitement de ces groupes, comme les coliques ou les nausées matinales de grossesse. Par conséquent, il est peu probable que les références au traitement pour les symptômes et les affections qui sont susceptibles d’être compris comme spécifiques aux bébés, aux enfants ou aux femmes enceintes soient acceptables, à moins que le spécialiste du marketing ne dispose d’un ensemble solide de preuves. »

Par conséquent, tant que l’ostéopathie dans la population générale ne sera pas mieux documentée, il serait inutile de communiquer sur les sous-populations.

L’ASA (Advertising Standards Authority) a récemment effectué un examen des allégations publicitaires relatives au traitement des bébés, des enfants et des femmes enceintes utilisant l’ostéopathie. L’organisme explique précisément les types de prises en charge possible susceptibles d’être acceptables et celles qui ne le sont pas. Cliquer ici pour visionner le document.
Il y a 11 pages dont ce petit paragraphe : Exemples de revendications qui ne sont pas acceptables :

« En évaluant un nouveau-né, un ostéopathe vérifie l’asymétrie ou la tension du bassin, de la colonne vertébrale et de la tête. »
« L’ostéopathie libère les tensions dans le crâne et l’ensemble du corps. »
« Les ostéopathes peuvent ressentir des mouvements et des mécanismes involontaires dans le corps. »
« L’ostéopathie crânienne vise à réduire les restrictions de mouvement. »

Chacune de ces phrases constitue une faute grave au yeux du GOsC. Cela peut entrainer des poursuites allant jusqu’à l’interdiction de pratiquer l’ostéopathie.

Il semble que la situation des ostéopathes anglais nous fasse un peu rêver ici en France. Serions-nous prêts à accepter ce genre de restrictions ?